Entreprise Brisson : la décision du juge commissaire est dangereuse pour l’emploi

Ecrit par Florent Boudié sur . Publié dans Circonscription

Les ex-salariés de l’entreprise Brisson, située sur la commune de Pineuilh, vivent un calvaire. Pour conserver leur emploi, ils ont d’abord accepté des efforts considérables pendant près de 18 mois. Ils sont allés chaque jour dans leur entreprise, passant de l’espoir à la désillusion. Ils ont été de bons soldats, soucieux de préserver leur outil de production, de garantir les livraisons à leurs clients. Lorsqu’ils ont manifesté leur colère, ils l’ont fait avec dignité et un très grand sens des responsabilités, y compris après l’annonce, au début de cette année, de la liquidation de leur entreprise, c’est-à-dire la confirmation de la perte de leur emploi. Ils n’ont pas baissé les bras. Ils sont allés à la recherche de repreneurs, multipliant les pistes, les échanges, les contacts, cherchant toutes les solutions pour maintenir une activité économique dans notre territoire.

Depuis maintenant plusieurs semaines, une piste sérieuse de reprise s’était peu à peu dessinée, sur la base d’un projet industriel crédible, solide, avec, à la clef, des garanties apportées en termes d’emplois. Pour le groupe concerné, Euro Ethnic Foods, il s’agissait de compléter son modèle économique en développant, en amont, sa propre unité de production et de transformation du pruneau en filière bio pour alimenter un réseau très dense de distribution en aval. Il lui faisait face une offre de reprise purement opportuniste, émanant de France Prune: un mastodonte dans la filière puisque France Prune maîtrise 80% de la production française. Son objectif: acquérir l’entreprise Brisson, non pour la développer, non pour maintenir l’emploi, mais pour solder et tuer définitivement un concurrent potentiel.

Au cours des dernières semaines, les négociations ont permis de consolider l’offre d’Euro Ethnic Foods et de vérifier la bonne foi de ces dirigeants qui ne sollicitaient d’ailleurs aucune aide publique à ce stade du dossier. Cet espoir vient de subir un coup peut-être mortel, dans des conditions qui ne sont ni dignes, ni acceptables. En décidant d’ouvrir une nouvelle phase de dialogue compétitif, d’abord jusqu’au vendredi 30 mai, puis jusqu’au mardi 3 juin, le juge commissaire du Tribunal de commerce de Libourne a pris une décision potentiellement très lourde de conséquences pour l’économie et l’emploi en Pays Foyen.

Sur les deux principales offres déposées, de l’avis de tous les observateurs du dossier, une seule proposait un vrai projet industriel de long terme, une seule s’engageait à pérenniser l’activité et les emplois, une seule faisait le pari de l’économie locale. Cette offre, déposée par le groupe Euro Ethnic Foods, en partenariat avec les coopérateurs de France Cofidou, est solide. Elle est le fruit de plusieurs mois de contacts, d’échanges et de travail acharné pour sauver l’emploi dans notre territoire. Elle fait face à une seconde offre, déposée par le groupe France Prune, purement opportuniste, je le disais, et dont le seul but consiste à évincer un concurrent en confortant sa situation de monopole.

Je n’ai pas pour habitude de m’immiscer dans les décisions prises par des autorités indépendantes, qui plus est juridictionnelles. Mais dans le cas présent, oui, la décision du juge commissaire est regrettable et dangereuse.

Elle vient, de fait, conforter la stratégie anti-concurrentielle déployée par le groupe France Prune qui, depuis le début, avance masqué, comme un chat attend sa proie, pour tenter de doubler, sur le fil, la seule offre qui propose des perspectives d’emplois dans notre bassin de vie. Le juge commissaire est certes indépendant et légitime à prendre les décisions qui lui reviennent, mais il vient de faire prendre un risque considérable à notre bassin d’emploi et tout particulièrement aux anciens salariés de l’entreprise Brisson avec lesquels je suis en contact permanent. Avec ce délai supplémentaire, le groupe France Prune dispose maintenant d’une dernière fenêtre de tir pour surenchérir, dans la dernière ligne droite, et pour tuer, la seule offre économique saine et crédible. Si tel était le cas, si l’audience prévue le 13 juin prochain devait déboucher sur la qualification définitive de l’offre déposée par France Prune, ce serait une catastrophe de très grande ampleur pour notre territoire. Les responsables de cette décision devront alors s’en expliquer devant les salariés et notre population.

Dans l’immédiat, il n’y a qu’un seul mot d’ordre à lancer à l’attention de tous : une mobilisation sans faille pour appuyer, pour soutenir, pour accompagner les salariés concernés, gagnés par l’épuisement, après des mois de tension, de hauts et surtout de très bas, dans un dossier emblématique de la difficulté, pour nos PME et ETI, à se développer face à de grands groupes ayant depuis longtemps abandonné ce qui devrait pourtant faire partie de leurs objectifs : leur responsabilité sociale.

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Commentaires (2)

  • musseau

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    Bravo et merci pour tout ses efforts et cette lutte acharnée pour nous faire sauver nos emploies, nous seront là et nous gagneront ensembles pour nos familles, pour le pays foyer,pour la commune de pineuilh et pour tout ceux qui nous ont soutenus

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  • Rippolghislaine

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    Mais quel est ce juge? Qui peut réagir comme ça ? Honte à lui.

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