Il faut réformer nos territoires

Ecrit par Florent Boudié sur . Publié dans Circonscription

Du grand débat sur le réforme territoriale lancée par le président de la République et le premier ministre après les élections municipales, beaucoup a été dit. Tellement, d’ailleurs, que l’urgence n’est plus, aujourd’hui, à préparer nos territoires à un « big-bang » de grande ampleur, qu’à espérer ne pas devoir revenir devant l’opinion publique pour justifier un enlisement de première classe…

La nouvelle organisation territoriale proposée par l’Exécutif est pourtant vertueuse. D’un côté, face à la mondialisation, notre pays a besoin de se doter de Régions plus fortes pour porter les grandes politiques stratégiques, par exemple dans le domaine de l’action économique, des transports et de leurs infrastructures. De l’autre, la défiance de nos concitoyens vis-à-vis de l’action publique, mais aussi le sentiment de déclassement sur lequel se fracasse le civisme dans les quartiers populaires des grandes agglomérations comme dans les territoires ruraux, impose d’instaurer, à travers les intercommunalités, des acteurs de proximité plus solides, capables produire du développement local, des politiques de protection et de proximité. Bref, deux grands pôles devraient pouvoir structurer le territoire de la République : Régions d’un côté ; intercommunalités de l’autre.

Dans ce contexte, l’effacement des assemblées départementales apparaît inéluctable. Il y va de la simplification, de la lisibilité démocratique et de l’efficacité de l’action publique. Les porteurs de projets et les élus locaux savent ce que la complexité et la lourdeur de nos procédures de décisions doivent à l’empilement des échelons territoriaux… Notre pays est-il à ce point bloqué qu’il serait dans l’incapacité de mener cette réforme? Les conservatismes, d’où qu’ils viennent, sont-ils à ce point puissants que le statu quo devrait, une fois encore, après tant d’échecs, tant de renoncements, s’imposer? Et la gauche, elle qui a inventé la décentralisation à travers les grandes lois Defferre, est-elle à ce point recroquevillée sur ses territoires, voire ses baronnies, qu’elle tournerait le dos à l’une de ses plus grandes ambitions réformatrices?

L’effacement progressif des assemblées départementales signerait-il l’acte mortel des territoires ruraux, comme nous l’entendons trop souvent depuis quelques semaines? Non, bien sûr, puisque les moyens et les compétences aujourd’hui mis entre les mains des assemblées départementales seraient, pour partie, transférés aux Régions, lorsqu’elles paraissent devoir être assumées à cette échelle, à l’image des transports et de leurs infrastructures, et déportées sur les intercommunalités lorsqu’elles exigent proximité et adaptations au plus près de nos populations. Nos concitoyens n’y perdraient rien, bien au contraire. Ils y gagneraient en clarté et en simplicité dans leurs propres démarches quotidiennes. Il faut même réengager le débat sur la taille critique de nos intercommunalités. Dans un département tel que le nôtre, doté d’une métropole tentaculaire, que peuvent espérer des intercommunalités éclatées, aux contours souvent politiques ou opportunistes, si petites, parfois, qu’elles n’ont pas même les moyens de leurs ambitions affichées.

Mais des principes doivent être posés à la réforme territoriale qui s’annonce. L’un des grands enjeux consiste à replacer l’exigence de solidarité territoriale au cœur du projet décentralisateur. Parler d’efficacité publique, oui. Afficher que les Régions doivent assumer pleinement tout le champ de l’action économique, oui. Les doter de compétences claires dans les domaines de la transition énergétique et écologique, des transports, de la recherche, de l’innovation et de l’enseignement supérieur, oui. Et je pourrais ainsi multiplier les arguments qui fondent l’esprit même de la décentralisation. Mais affirmer, également et tout autant, que le sentiment de déclassement, et même d’abandon, qui touche nos populations dans les territoires, en secteur urbain et rural, exige des mécanismes innovants de solidarité et de péréquation, voilà qui doit être rappelé, martelé, et placé au centre du futur projet de loi. C’est là aussi l’une des réponses, pas la seule d’évidence, que nous devons proposer face au désenchantement et à la colère qu’abstentionnistes et électeurs du Front National viennent d’adresser aux responsables publics à l’occasion des dernières élections européennes.

Si la majorité actuelle devait renoncer à cette réforme d’ensemble, elle porterait l’immense responsabilité d’avoir préféré la voie du conservatisme à celui du changement. Bref, la question est de savoir si la majorité actuelle est un syndicat d’intérêts ou un mouvement d’idées et d’action.

 

 

 

 

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