Pour Martine Aubry et beaucoup d’autres…

Ecrit par Florent Boudié sur . Publié dans Circonscription

Universite d ete du Parti Socialiste a La RochelleIl faut s’arrêter sur le retour médiatique de celle qui fut première secrétaire du Parti Socialiste pendant quatre ans, de 2008 à 2012. C’est-à-dire pendant l’essentiel du quinquennat de Nicolas Sarkozy.

Martine Aubry le disait elle-même, ce matin, sur France Inter: sa contestation de la politique du gouvernement repose sur un problème de « dosage » budgétaire, économique et social.

Sur cette base, on assiste donc à une critique totale et globale de l’action menée par le Président de la République et son gouvernement, entre procureur et leçon professorale.

Il y a de bonnes idées à prendre chez les députés « frondeurs ». À ceci près que le débat devrait se faire dans les lieux de décision, plutôt que sur les plateaux des chaînes d’information continue.

De bonnes idées, oui, par exemple sur le ciblage du crédit d’impôt compétitivité-emploi (CICE).

Comment comprendre que les professions libérales – notaires, huissiers, médecins, … – bénéficient de ce dispositif, à l’image de la grande distribution, alors que ces secteurs d’activité n’ont pas de problème de compétitivité dans la mondialisation?

Certes, l’empêchement est constitutionnel. Mais le crédit d’impôt-recherche (CIR) montre que l’on peut mieux viser sa cible lorsque Bercy accepte de se placer sur le terrain de l’inventivité.

De mauvaises idées, cela arrive aussi! Quand les députés « frondeurs » contestent, par exemple, la modulation des allocations familiales. Comme si c’était la même chose d’élever un enfant avec 1200 euros par mois ou 6 à 10.000 euros…

Donc, oui, de vrais débats, de vraies questions, il y en a.

Ce débat mérite-t-il les critiques tous azimuts portées par Martine Aubry dans son entretien au Journal du Dimanche, puis ce matin sur France Inter, et bientôt, annonce-t-on, sur une grande chaîne de télévision?

Au demeurant, la sortie de Martine Aubry soulève une question: peut-on porter un jugement aussi sévère sur la gauche au pouvoir après en avoir été l’une des principales dirigeantes au cours des vingt dernières années?

Il faudrait d’ailleurs être naïf pour croire que la maire de Lille vise autre chose que le rapport de force interne – c’est son droit, mais c’est mieux en le disant – c’est-à-dire le prochain congrès du Parti Socialiste, en première ligne ou en second rideau.

Ce n’est malheureusement pas le dosage proposé par Martine Aubry qui est de nature à inverser l’image du quinquennat. Encore moins à endiguer le Front National dont on sent qu’il est porté par une vague puissante. Une vague qui monte partout, dans tous nos territoires, à toutes les échelles sociales. Et qui peut nous emporter.

Ce qui serait de nature à changer la donne? Dire aux Français où nous voulons les amener, vers quelle France, vers quelle société. Refaire Nation, tout en continuant de faire Europe. Rompre avec cette « langue morte » – je reprends-là l’expression de Manuel Valls – qu’est devenue la parole politique.

Au fond, d’où viennent les difficultés de la gauche au pouvoir depuis 2012?

Tout au long des dix années que le Parti Socialiste a passé dans l’opposition, il faut avoir l’honnêteté de dire qu’il n’a pas su préparer l’accession au pouvoir qu’il sollicitait pourtant des Français.

La plupart des grands débats ont été mis sous le tapis pour écarter le risque mortel de division: réforme des territoires et de l’État, politique industrielle et économie de l’innovation, défi climatique et européen, …

Dans le domaine de l’éducation nationale, nous avons fini par croire que le rétablissement de 60.000 postes serait le solde pour tout compte de notre engagement contre des inégalités scolaires qui se creusent depuis 15 ans, soit le temps d’une génération.

Signe de cet affadissement intellectuel, nous avons même fini par « externaliser » la production d’idées politiques à des think tank, de Terra Nova à la Fondation Jean Jaurès, y compris l’éphémère Coopol, sorte de réseau social ouvert, mais qui n’a pas dépassé le stade de l’affichage participatif.

En faisant appel à des sous-traitants professionalisés de la réflexion politique, nous avons de fait recentré le Parti Socialiste et ses militants sur la seule organisation des scrutins locaux et nationaux, et sur la désignation de nos candidats.

Au fond, pendant dix ans, nous avons été plus préoccupés de la conquête du pouvoir que du sens que nous voulions donner à l’exercice du pouvoir.

Le Parti Socialiste s’est banalisé en se transformant en une immense machine électorale plutôt qu’en se faisant le centre névralgique des débats sur l’avenir de notre pays.

Il s’est banalisé, et même coupé de la société, en devenant pour l’essentiel un parti d’élus et de professionnels du politique dont Michèle Delaunay a eu raison de pointer les travers et les dérives.

Il s’est banalisé, encore, en laissant croire à ses militants que l’éprouvette des motions et autres contributions étaient autre chose que de simples jeux d’écriture pour écuries politiques en devenir, tristes coalitions d’intérêts partagés, en vue de prochaines échéances internes ou électorales.

Cela vaut pour Martine Aubry et beaucoup d’autres: nul ne peut arriver aujourd’hui – à mi-mandat – pour affirmer n’avoir pris aucune part de responsabilité dans cette impasse qui vient de loin, qui n’a pas débuté, sur les coups de 20h, le dimanche 6 mai 2012.

Pour une raison simple: la responsabilité en est collective.

S’il y a un enjeu à faire valoir lors du prochain congrès du Parti Socialiste, c’est bien celui-ci: comment redevenir, à toutes les échelles, nationales et locales, le cœur d’une pensée économique et sociale branchée à notre société et au peuple?

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