Charlie Hebdo : faire peuple

Ecrit par Florent Boudié sur . Publié dans Assemblée Nationale

Nous sommes Charlie. La formule se multiplie à l’infini depuis maintenant 48h. En France et dans le monde. Elle démontre que la communauté humaine n’est évidemment pas réductible aux fanatismes barbares de quelques-uns. Nous sommes Charlie, la formule rassure, aussi, parce qu’elle démontre la capacité de notre démocratie à faire corps devant l’horreur et le traumatisme qu’ils provoquent.

« 11 septembre français« , comme le titrait Le Monde hier, « 11 septembre intime« , pour reprendre Médiapart. Et hier, à Libourne, à Sainte-Foy-la-Grande, à Castillon, partout en France, nous avons et nous continuons de faire corps. Mais, dans les prochains jours et les prochaines semaines, nous devrons aller plus loin encore: nous devrons faire peuple.

Faire peuple, c’est accepter qu’une communauté nationale est composée d’une multitude de sensibilités, de confessions et d’identités réunies sous une même bannière, celle qui est inscrite au fronton de notre République.

Faire peuple, c’est dire et redire que la laïcité est une force sans pareille, qu’elle est notre ciment commun, garante de notre liberté collective à croire et à ne pas croire. Faire peuple, c’est rappeler que ce qui fait notre diversité ne peut pas, ne doit pas être ferment ou cause de divisions, de fractures, de rejet des différences et des cultures qui le composent.

Faire peuple, c’est mettre toute notre intelligence et notre audace à sans cesse défendre ce fameux « vivre ensemble« , formule éculée, peut-être, mais si belle, que la folie des uns, le sectarisme des autres, voudraient défaire.

C’est ce message universel que la France avait adressé au Monde à l’heure des Lumières et de la Révolution française, et qu’elle avait repris avec force à travers la Résistance devant l’occupation et dès après la Libération. C’est cette même parole que brandissaient les auteurs assassinés de Charlie Hebdo avec cette irrévérence indispensable qui rend une démocratie plus forte et en préserve les libertés fondamentales.

C’est ce même message qu’il nous revient encore de porter dans cette période où les identités s’exacerbent, où les fanatismes se saisissent, comme si souvent dans l’histoire du Monde, ici de telle ou telle religion, là de telle ou telle idéologie.

Après la Grande Guerre de 14-18, Paul Valéry avait eu cette formule, « nous autres civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles. » L’abject attentat du 7 janvier nous rappelle, dans toute son horreur, que nos civilisations sont mortelles, oui, lorsque les barbaries, d’où qu’elles viennent, s’emparent d’elles.

Les terroristes qui ont visé Charlie Hebdo n’ont d’ailleurs qu’une idée en tête : que la barbarie se répande, qu’elle nous gagne, qu’elle déclenche son cortège d’ignominies, d’intolérances, d’exclusions, de rejets, d’ostracismes. En d’autres termes, que la barbarie finisse par répondre à la barbarie.

C’est ce contre quoi nous devons lutter de toutes nos forces.

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Commentaires (2)

  • delbos

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    Ce que nous avons vu spontanément, ces derniers jours en France, c’est un sursaut populaire. Pour ma part, j’attends, dans les jours, les semaines à venir un sursaut politique. Nous sommes tous et resterons CHARLIE.

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  • bernie

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    Bonjour Monsieur le Député,

    Comment voulez vous lutter contre la barbarie avec un peuple français qui est en repli sur soi ?

    (manque de travail ou en est on sur le sens du travail
    Le travail c’est la devise la plus importante pour gagner sa « croûte ». L’espoir fait vivre dirai je)

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